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Réflexion : Parodies de démocratie électorale au Maniema : à qui profitent les abus des gouverneurs imposés ?

Kinduinfo.net vous propose cette réflexion du Professeur Fraternel Amuri sur l’élection des Gouverneurs au Maniema. Télécharger « Reflexion Professeur Amuri sur les elections au Maniema 2018«  en cliquant ici.

Parodies de démocratie électorale au Maniema : à qui profitent les abus des gouverneurs imposés ?

« La pensée ne doit jamais se soumettre, ni à un dogme, ni à un parti, ni à une passion, ni à un intérêt, ni à une idée préconçue, ni à quoi que ce soit, si ce n’est aux faits eux-mêmes ; parce que, pour elle, se soumettre, ce serait cesser d’exister. »

Henri Poincaré (1854—1912).

Contexte

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) a publié vendredi 2 mars 2018 la liste des candidats gouverneurs et vice-gouverneurs jugés recevables pour l’élection dans les provinces du Kwango et du Maniema frappées par les vacances de postes. Pour la province du Maniema, la Majorité présidentielle a aligné Omolela Selemani Justin et Nyangilolo Museme Michel, alors que Djanga Dimanja Felix et Dauda Saleh Sendo ainsi que Kahambo Mwanabwato Godefroy et Bala Olonge André se présentent en indépendants. La CENI renseigne que le traitement des contentieux des candidatures par les cours d’appel est fixé du 6 au 12 mars. La publication de la liste définitive des candidats par la CENI interviendra le 14 mars.

En effet, il est important de réfléchir anticipativement au conditionnement psychologique dans lequel les électeurs c’est-à-dire les députés provinciaux du Maniema, se trouvent en ce moment et la réaction qu’ils pourraient adopter en relation étroite avec leurs expériences du passé (élections de 2006) et les enjeux de l’heure.  Il ne s’agit pas ici de procéder à des enquêtes approfondies de type classique mobilisant un arsenal de techniques et de théories sophistiquées, mais plutôt d’examiner rapidement, à travers les comportements (les faits : actions, déclarations…), la dynamique d’acceptation et de rejet de ces gouverneurs arrivant au sommet de la province du Maniema par une méthode d’imposition par les partis alliés au pouvoir. L’analyse se penche aussi aux articles de presse consacrés aux questions électorales (candidatures, campagnes électorales…) et à la gestion de la province du Maniema, notamment les rapports entre l’exécutif provincial et l’Assemblée provinciale, sans oublier l’influence bien visible de la société civile s’exerçant sur les deux institutions. Il faut aussi rester attentif aux influences des instances politiques nationales pesant sur le fonctionnement des provinces ; le développement économique et social de ces entités est toujours remis aux calendes grecques et ce, malgré la présence des gestionnaires élus et l’abondance des ressources naturelles.  

Le Maniema constitue un cas emblématique de ces provinces où l’élection du gouverneur suscite des inquiétudes, surtout quand on sait que la Majorité présidentielle a toujours imposé son candidat et qui, au bout de la course, est le seul à sortir vainqueur. Concrètement parlant, quelles leçons tirer du passé pour comprendre le comportement électoral possible des députés censés élire le nouveau gouverneur du Maniema ? Y a-t-il opportunité de voter pour le candidat de la Majorité suite à l’imposition ? Peut-on envisager un scenario contraire c’est-à-dire l’échec du candidat imposé par cette dernière ? En d’autres termes, est-ce que les députés provinciaux du Maniema ont pris conscience de coûts dus au vote généralement accordé au candidat de la Majorité dont les abus demeurent sans précédent ?

En termes de prospective politique, ce questionnement permet globalement d’interroger les victoires sans surprise commanditées de gouverneurs de province se révélant inefficaces après coup, et de suggérer de nouvelles perspectives à privilégier par les députés provinciaux pour favoriser l’ancrage de la démocratie à la base.  Sur cette base, il est possible d’avancer une hypothèse générale de l’échec du candidat de la Majorité dans l’élection attendue le 28 mars prochain. Au-delà du profil controversé du candidat lui-même, il est crucial de noter que les abus de ses prédécesseurs constituent une base argumentaire qui déterminera les députés dans leur vote pour ne pas laisser libre cours à la continuité des effets néfastes d’une gestion coupée de toute orthodoxie.

Des précédents fâcheux pour la candidature imposée au poste de gouverneur de province au Maniema : Justin Omolela Selemani

Si pendant les années de règne constitutionnel placé sous le label de la démocratie les députés de la Majorité sur l’ensemble du territoire national pouvaient affirmer du zèle dans leurs soutiens au régime en place, il faut cependant constater que leur enthousiasme déclinait à mesure que l’on avançait vers la fin. Autrement dit, les députés provinciaux se sentiraient de moins en moins contraints au strict respect de la discipline du parti, surtout quand ils sont conscients de l’inefficacité des actions entreprises par la hiérarchie du parti dans le contexte actuel.

Beaucoup de Congolais et ressortissants du Maniema, intellectuels ou non, constatent simplement que la candidature de Monsieur Justin Omolela Selemani est malvenue au poste de gouverneur de province. Dans sa livraison du 22 février 2018, kindu7.wordpress.com, un journal en ligne consacré au Maniema, a alerté l’opinion sur les risques de dérapage que représentent certaines candidatures dont celle de Monsieur Justin Omolela Selemani. En effet, après avoir rappelé la dénonciation faite par la Nouvelle Société Civile du Maniema, qui déplore les démarches de certains hauts cadres du PPRD voulant induire le Chef de l’Etat en erreur en lui présentant des « noms périmés » dans l’histoire politique du Maniema pour l’élection du gouverneur, le journal souligne le passé peu glorieux de ce candidat en ces termes : « Justin Omolela : Ancien ministre provincial de l’intérieur du Maniema, celui-ci fut déchu [de ses fonctions] en 2008 par l’Assemblée provinciale du Maniema suite à l’incompétence. Incapable de gérer un ministère provincial, quel miracle pour lui de gérer toute une province comme le Maniema dont les défis surpassent [dont les défis sont énormes] ? »

A juste titre, il est fondamental de signaler que Monsieur Justin Omolela n’est pas seulement incompétent dans le domaine de la gestion publique, comme le pense la Nouvelle Société Civile du Maniema. Omolela l’est également et avant tout dans le domaine le plus sensible de la vie de toute société humaine, à savoir : l’éthique. Spécifiquement parlant, dans le domaine académique où il s’est forgé un nouveau statut social, celui de « Professeur d’université », il faut bien noter que l’intéressé a violé les règles de l’art pour avoir servilement copié le mémoire pour le Diplôme d’Études Supérieures (DES) d’un autre chercheur, qui se trouve être un Professeur de la Faculté de Sciences sociales à l’Université de Kisangani. Ce mémoire a permis à Omolela de se prévaloir auteur d’une thèse de doctorat, soutenue à l’Université de Kindu avec des complicités bien assurées parmi les universitaires du Maniema ayant choisi le silence. Ces derniers ne peuvent cependant pas prétendre en ignorer les coûts, notamment pour leur réputation aujourd’hui et demain. Le plus gênant, c’est que le dernier mythe fort du Maniema, entretenu au travers de nombreuses générations, est ainsi en train d’être démantelé devant leur regard passif et complice ! « Ku Maniema, hakutoke boy », est-ce vrai encore aujourd’hui ? Si quelqu’un est capable de s’approprier les œuvres de l’esprit d’une autre personne pour son élévation, peut-on deviner les conséquences de son futur rapport à l’argent (biens matériels, en général) de la province que l’on veut lui confier par l’astuce électorale à base d’imposition ?

En commettant la fraude universitaire (plagiat) pour obtenir gratuitement le dernier titre universitaire (Docteur), il a cru ainsi aller de victoire en victoire au point de proférer des menaces à l’endroit de sa victime, auteur du mémoire. Dans les pièces jointes au présent, l’on y découvre des échanges discordants entre Monsieur Justin Omolela, niant les faits avec l’orgueil d’homme politique sans éthique, et sa victime, rappelant au tricheur impénitent les conséquences de son acte. Les processus de sanctions en cours à l’égard du concerné enclenchés au niveau national, se heurtent depuis 2016 à des obstructions commanditées par certains cadres de son parti politique. Omolela revient donc au Maniema ragaillardi et pense affronter les députés provinciaux avec une victoire déjà empochée depuis Kinshasa.

Au vu de ce qui précède, qui prétendra demain s’étonner devant les abus inévitables d’un candidat qui consolide chaque jour sa position à cause du « silence politiquement correct » des universitaires du Maniema ? Les « expériences démocratiques » au sommet de la province du Maniema donnent l’image d’un chaos social et économique programmé puisque l’on assiste à un phénomène de reproduction du « renouvellement politique sans renouveau ». La réponse des universitaires, en tant que leaders d’opinion, se fait attendre. La population, quant à elle, a le sentiment d’être victime du silence de ses élites (au pouvoir ou non).

Inauguration de la parodie de démocratie au Maniema : l’élection de Didier Manara Linga, candidat de la Majorité présidentielle

Depuis les premières élections de la Troisième République, celles de 2006, le Maniema a connu deux gouverneurs dont la gouvernance chaotique n’échappe à personne. Pour preuve, ils sont tous partis de leur poste dans des conditions qui ne riment pas avec le concept « honorable ».

Le règne de Didier (dit Didi) Manara Linga est le point de départ pour qui veut comprendre les effets néfastes d’une démocratie piégée par la dictature de partis politiques dans les Etats en transition. Ce député national du parti et de la Majorité au pouvoir (alors Alliance de la Majorité présidentielle) a été préféré aux députés provinciaux comme gouverneur de la province du Maniema. L’on sait pourtant qu’après son démantèlement de l’exécutif provincial du Maniema pour mauvaise gouvernance, il est retourné à Kinshasa avec des garanties de rejoindre l’Assemblée nationale, donnant ainsi aux observateurs non avertis l’impression commode de n’avoir jamais commis d’abus susceptibles de l’entrainer sur le terrain judiciaire.

Pour rappel, AfricaNews renseigne que, dans une pétition transmise à Joseph Kabila en 2010, la Société civile de Kasongo charge Didi Manara de malversation financière, de haute trahison, en plus de propos malveillants contre le Chef de l’Etat et le gouvernement central, non sans demander son éviction immédiate. Voici une synthèse de cette pétition livrée par le journal précité :

« Ça se corse pour Dr. Didier Manara Linga. Les esprits sont très surchauffés contre le gouverneur du Maniema, et à Kinshasa, l’on faisait de plus en plus état d’une motion de défiance en gestation contre Didier Manara à l’initiative des députés de son propre parti, le PPRD. Il y a peu, à Punia, la population était descendue dans la rue pour réclamer la démission du gouv’. Et voilà que vient d’atterrir sur la table de travail du président de la République, Joseph Kabila, une pétition qui dénonce les méfaits et abus du gouv’ et demande son limogeage. Le texte rédigé et signé par des délégués des 50 organisations de la Société civile du Maniema dont la Fédération des entreprises du Congo – FEC – précisément de Kasongo, territoire d’origine de Manara, fait part des détournements d’argent rétrocédé aux ETD, d’incitation à la haine tribale et des propos malveillants à l’endroit du gouvernement central, accusé par le gouv’ de ne rien faire pour le développement de la province. Accusations graves, très graves pour que Manara y survive. 
Par exemple, celle ayant trait au dispatching des fonds alloués aux ETD et qui l’accable: Nous avons découvert que de novembre 2008 à Juillet 2009, le gouverneur a mis à la disposition des entités déconcentrées et décentralisées un montant global de 1.108.887 USD sur tout ce qu’il a reçu du gouvernement central… », chargent les pétitionnaires avant de poursuivre : au regard du tableau publié par le ministère du Budget, nous savons que l’enveloppe allouée par le gouvernement central était, pour la même période, de plus ou moins 1.000.000 USD par mois, ce qui nous donne le chiffre de USD 10 millions pour les 10 mois ». La Société civile constate donc que Manara n’a alloué à ses entités que le 1/10 de l’enveloppe, gardant les 9/10, soit USD 9 millions pour lui ! Rien d’autre qu’un détournement.

La Société civile du Maniema s’insurge désormais contre la présence du Dr. Didi Manara Linga, l’ancien médecin directeur, de l’Hôpital de Kipaka, à la tête de leur province. Elle l’a fait savoir dans une pétition adressée au chef de l’Etat, Joseph Kabila Kabange, et réceptionnée le 20 janvier 2010 par le service courrier de la présidence de la nation. Alors que ses relations avec ses camarades du PPRD/Maniema sont déjà mise à mal, le gouv’ vit un nouveau drame : la grave accusation de la Société civile, particulièrement celle de Kasongo, son territoire d’origine. La pétition de la Société civile du Maniema est une première contre un gouverneur de province.
Son importance grandit quand on considère qu’elle est la résultante des frustrations cumulées par les paysans, ceux qui ne s’intéressent pas vraiment à la politique. Leur révolte mérite donc une attention particulière et risque de faire tache d’huile. Coaché jadis par Barnabé Kikaya, l’ex-parsec de Kabila nommé ambassadeur en Grande Bretagne, Manara est en butte à ses premiers gros ennuis depuis son entrée en fonction il y a trois ans. Ses farouches ennemis se recrutent aujourd’hui dans la Société civile.

Déjà en brouille avec les siens, son seul soutien apparent reste celui du président de l’Assemblée provinciale que les pétitionnaires disent être son frère de tribu. Encore faudra-t-il que cet appui l’emporte sur les griefs musclés portés à charge de Manara. La Société civile elle, charge le gouverneur de trois principaux maux : pillage des ressources de la province, incitation à la haine tribale et à la division ainsi que trahison envers le gouvernement de la République et incitation à la révolte populaire contre le gouvernement central. Les rédacteurs de la pétition alignent des preuves écrasantes, comme celle de la gestion des fonds alloués aux ETD : « Nous avons découvert que de novembre 2008 à juillet 2009, le gouverneur a mis à la disposition des entités déconcentrées et décentralisées un montant global de USD 1.108.887 sur tout ce qu’il a reçu du gouvernement central… », chargent les pétitionnaires. Ils évoquent un montant de USD 140.595 pour tous les territoires, soit une moyenne de USD 14.059,5 par mois pour les 7 territoires ou encore plus ou moins USD 2.000 par mois par territoire ; USD 20.400 pour les 7 territoires ou encore plus ou moins UDS 2.000 par mois par territoire : USD 120. 400 pour les 7 cités, soit USD 1,720 par cité par mois et USD 847.892 pour les 34 collectivités ».

  L’on est ainsi tenté de penser que « plus on abuse, plus on se crédibilise et donc plus on a des chances d’être promu à des hautes fonctions ». Aujourd’hui, l’impunité a une légitimité que personne ne défie au Maniema. Manara se serait-il ressaisi pendant son séjour au Parlement, peut-on s’interroger en voyant l’homme être réélu député national en 2011 ? Ce n’est jamais tard pour les humains de changer, même si l’on demeurera encore longtemps sous l’emprise du système et ses pratiques.

 

Le long règne de Pascal Tutu Salumu malgré lui, ou l’institutionnalisation de la parodie de démocratie au Maniema

Une rétrospective sur le cas atypique du règne de Tutu Salumu, qui risque de se reproduire avec le mot d’ordre des mentors du parti au pouvoir, est nécessaire pour armer les députés provinciaux contre le nouvel affront fait à la population du Maniema. Il s’agit de leur faire comprendre pourquoi ils doivent affirmer leur indépendance face à cette infamie consistant à assurer la reproduction du système de prédation avec la caution électorale légitimant les auteurs d’abus.  

Pascal Tutu Salumu, député provincial devenu aussi gouverneur par la volonté de la Majorité au pouvoir, est l’illustration parfaite d’une parodie de démocratie au Maniema. Au nom de la controversée discipline du parti imposant des consignes autoritaires de vote, Tutu a été « élu » massivement contre toute attente. A sa sortie, la plus déshonorante dans l’histoire politique des gouverneurs du Maniema, l’on redécouvre sans surprise le caractère artificiel et irréaliste du vote antidémocratique qui l’avait porté au sommet de la province. La déchéance de ce dernier a été marquée par un vote majoritaire et sincère de 16 voix pour et d’une seule voix contre, sans compter les 3 abstentions fantaisistes sur un total de 20 députés présents à la séance du 16 décembre 2017.

Ci-dessous, est le condensé du récit de la parodie de démocratie électorale, tel que présenté par Grâce Mbambi, un témoin de l’événement dont la sincérité ne peut être questionnée par les Maniemiens qui gardent frais les souvenirs de ce déni de citoyenneté en matière de participation politique par voie d’élections :

 

  • L’arrivée de Kabila bascule tout le calcul !

 

« Le président de la république Joseph Kabila débarque à Kindu pendant cette campagne électorale d’une manière inattendue avec une face d’un vrai militaire après une absence de 4 ans. Sa mission de quelques heures à Kindu parce qu’ensuite il doit se rendre en Afrique du sud où il est invité pour assister au coup d’envoi de la coupe du monde, est de réunifier les députés provinciaux qui avaient créé deux blocs au sein de l’hémicycle de l’Assemblée provinciale (le bloc de G13 et celui de G11). 

Après une série des consultations initiées au gouvernorat par le raïs en personne, Kabila gagne son pari. Parce que, non seulement il a réussi à unifier à nouveau tous les élus provinciaux, mais aussi il est parvenu à convaincre ces derniers à voter pour Tutu Salumu, candidat que Kabila présente de son parti le PPRD. Mission terminée et Joseph Kabila prend son avion, direction le pays de Nelson Mandela. Derrière lui les députés provinciaux votent à 98 % Tutu Salumu soit 22 voix sur 24. Tutu Salumu est hissé à la tête du Maniema et devient le 14e gouverneur de l’histoire de la province du Maniema.

 

  • Un représentant de Kabila ou un gouverneur de province ?

 

Après son élection comme gouverneur de province, Pascal Tutu est devenu un enfant chéri de Kabila. Malgré cet incident malheureux qui s’est produit à la tribune centrale de Kindu en 2011 lors de la campagne électorale présidentielle où Kabila a traité officiellement son protégé Tutu devant un bain de foule comme un menteur pur et simple. Mais ceci n’a pas coupé les liens de l’oncle et son neveu. Après, Kabila intensifie les voyages au Maniema jusqu’à annoncer le 29 juin 2016 devant plusieurs milliers de Kindusiens que c’est lui le gouverneur du Maniema. Donc, celui qui va toucher Tutu Salumu, touchera directement Joseph Kabila.

 

 

  • Mais pourquoi Pascal est toujours épargné par tout contrôle parlementaire ?

 

C’est la question que plus d’un Maniemien se pose. Pascal Tutu est aussi le seul gouverneur qui est invité rarement à l’Assemblée provinciale pour rendre compte, malgré sa gestion chaotique jugée par quelques Maniemiens

On n’aperçoit le célèbre gouverneur du Maniema à l’hémicycle que pendant la présentation du projet budgétaire. Et le reste du temps, il est seulement dans son luxueux bureau climatisé au gouvernorat de province ou encore dans la ville-province de Kinshasa où l’homme se rend presque chaque mois ».

Quoi qu’il en soit, la carence des contrôles parlementaires, voire des conflits entre l’Assemblée provinciale et l’exécutif provincial du Maniema est bien symptomatique d’un système clientéliste dans un Etat néo-patrimonial. Les dénonciations ayant conduit au démantèlement de Pascal Tutu Salumu après de longues années d’abus, seraient favorisées par ses excès d’enrichissement personnel qui n’arrangeraient plus ses partenaires, à la fois nationaux et provinciaux, ces derniers étant pourtant habitués depuis longtemps à le « comprendre » et à « coopérer » avec lui dans ses opérations d’enrichissement. Les dividendes tirés de l’exploitation de mines d’or par Banro Mining Corporation (firme canadienne) à Salamabila, ne représentent qu’une facette de cet empire aux frontières invisibles engagé dans le pillage organisé des ressources naturelles du pays derrière une légalité apparente.  Les transactions financières liées à cette exploitation d’or au Maniema font justement partie de l’arsenal explicatif de la rupture entre Pascal Tutu et ses partenaires provinciaux et nationaux.

C’est ici le lieu de souligner, au plan national, que l’opposition affichée ouvertement par les opérateurs miniers à la promulgation du nouveau code minier congolais, constitue un indicateur pertinent sur l’ampleur des torts subis en termes de privations par les populations locales pendant de longues années d’exploitation incontrôlée et sans contrepartie réelle de ressources naturelles du pays. Pour gérer stratégiquement les pressions de la part de ces firmes internationales du secteur minier, les autorités sont parfois amenées à prendre des décisions qui n’ont rien à faire avec les procédures démocratiques, pourvu qu’elles contribuent à l’espérance de vie du régime. Ainsi, entre l’état chronique d’un peuple affamé et dépourvu d’une grande capacité de pression, d’une part, et l’urgence de satisfaire à la demande des acteurs ambigus et puissants que représentent les géants miniers, de l’autre, l’on peut bien deviner que c’est le groupe représentant un moindre mal qui risquera d’être sacrifié. Le potentiel de crédit populaire qu’incarne la promulgation de ce code minier serait effectivement remarquable et stratégique sur le plan de l’opinion, mais il n’est pas essentiel pour un régime qui, constitutionnellement, joue aux prolongations et n’est plus préoccupé de gagner l’opinion à son avantage. La manne financière que représentent les ces opérateurs miniers, même dans l’hypothèse où les taux de leurs impôts étaient légèrement majorés, correspond à un soutien significatif à l’action gouvernementale.

L’élection prochaine du gouverneur de province au Maniema, une autre parodie dont on n’ignore pas les conséquences, mais facile à déjouer sans frais !

« Ou le Roi ou Rien ! ». La discipline du parti qui semble justifier toutes les impositions de candidatures, doit être bien interprétée par les élites qui dominent cette institution démocratique appelée Assemblée provinciale. Pour servir la cause démocratique, la discipline du parti devrait s’aligner sur la logique de la « baïonnette intelligente ». En effet, il ne s’agit pas de subir, de se comporter de manière passive et peu rationnelle du type « exécution avant, réclamation après » c’est-à-dire que les députés provinciaux votent (à l’aveuglette) d’abord pour le candidat imposé par la haute hiérarchie du parti, avant d’ouvrir les yeux et d’envisager de le chasser par des motions après des abus graves pourtant non soumis à des mécanismes de réparation ou de restitution ! Tout nouveau gouverneur élu, qu’il vienne de la Majorité, comme on s’est habitué, ou du camp des indépendants, comme certains aiment se blanchir en proclamant une neutralité de circonstance, devrait être préparé à comprendre les enjeux et défis sous-tendant son pouvoir dans le contexte actuel du Maniema—vache laitière.

En fait, on ne saurait favoriser l’exécution de mauvaises décisions dictées par les hauts cadres d’un parti quand on sait pertinemment bien, que leurs effets seront dévastateurs. Toute gestion rationnelle des ressources (humaines, principalement) devrait permettre d’anticiper c’est-à-dire prévenir ou empêcher le recrutement d’un personnel politique défaillant : l’on reconnaît aujourd’hui sans peine que les coûts (financiers, politiques, sociaux…) induits par les abus commis sur une longue durée par des « gouverneurs de la malgouvernance » sont très élevés et justifient le niveau de turn-over au sommet de la province du Maniema. Des élections sont formellement organisées pour relancer la bonne gouvernance alors qu’en fait les mauvais candidats imposés au poste de gouverneur sont les produits de choix de hautes instances politiques nationales dont les acteurs (individus, partis, plateforme) affichent des convictions et des intérêts qui, le plus souvent, ne correspondent pas aux véritables enjeux électoraux des entités visées. Explicitement, la population du Maniema est préoccupée par un changement positif pour tous, ce qui est en contraste avec la logique des prébendes soutenue par les mentors du parti se battant pour leurs candidats-clients !

Même dans l’hypothèse où il faudrait respecter le droit de la Majorité de proposer voire imposer ses candidats, pourquoi ne miserait-elle pas sur ses meilleurs hommes et ses meilleures femmes pour reconquérir le crédit qui lui manque cruellement aujourd’hui ? Dans les faits, ce qui rend l’ethnicité désagréable et contre-productive, comme dans le clan de la Majorité et surtout du parti qui se veut dominant (PPRD), c’est de vouloir investir coûte que coûte dans les moins compétents professionnellement. Les tâtonnements dans la composition de la liste des candidats de la Majorité présidentielle sont révélateurs du manque de consensus entre partis à ce sujet : on y décèle les luttes sous-jacentes de leadership et on y voit particulièrement comment les principaux mentors du parti qui se veut dominant, se livrent bataille pour faire passer leurs candidats au détriment d’autres partis alliés dont les candidats ne seraient pas dociles aux yeux de principaux commanditaires trônant à Kinshasa. La Majorité présidentielle a tâtonné deux fois avant de désigner de façon définitive son candidat vice-gouverneur. Cependant, elle a constamment repris le nom de son candidat gouverneur qui, pour bien des observateurs, constitue un vrai problème (son manque de crédit populaire) et qui peut faire échouer cette liste du régime. La Commission électorale nationale indépendante (CENI), pour sa part, a invalidé certaines candidatures indépendantes sans en présenter les causes c’est-à-dire des explications pertinentes au regard de dispositions légales en la matière (conditions d’éligibilité et de recevabilité des dossiers de candidature).

C’est pourquoi, même si l’on estime stratégique de préserver la cohésion au sein du parti en s’empêchant tout tiraillement sur la composition de la liste des candidats (gouverneur et vice-gouverneur), il reste essentiel voire déterminant pour les députés provinciaux de voter pour qui ils veulent. Ceci leur permettrait de sanctionner de façon démocratique et exemplaire, à la fois les candidats imposés et les hauts cadres du parti ou de la plateforme (Majorité présidentielle) pour leur manque de considération à l’égard des provinces et des communautés de base. Ce serait une façon pragmatique de contribuer à l’éducation à la citoyenneté véritable et à la démocratie par la base.

Malgré le poids de l’ethnicité, identifiée comme une des constantes significatives dans la politique congolaise, il convient de reconnaître que le Maniema a déjà démontré sa capacité à surmonter les clivages ethniques et le fanatisme tribal, et à focaliser ses énergies sur la survie de ses institutions. L’on doit se rappeler que les auteurs des motions qui ont ébranlé les deux règnes appartenant désormais au musée politique du Maniema, étaient eux-mêmes originaires de territoires d’origine des gouverneurs concernés. En d’autres termes, Didi Manara Linga a été contraint à démissionner à la suite d’une vague d’accusations initiées principalement par des ressortissants de son propre territoire (Kasongo). Il en est de même de Pascal Tutu Salumu : celui-ci est du territoire de Kabambare dont le député Jumaini Malisawa, appartenant à la Majorité présidentielle, est aussi originaire. Ces deux faits, anodins en apparence, sont des indicateurs qui révèlent le niveau de maturité politique atteint par les représentants de sept territoires du Maniema, siégeant au sein de l’Assemblée provinciale.

Accepter à la fois de jouer, d’une part, le rôle légitime de contrôle parlementaire vis-à-vis de l’exécutif provincial (le gouverneur, principalement) et, d’autre part, le rôle sordide de plébiscite en faveur d’un candidat imposé, ne serait qu’une aberration inacceptable. Il suffit de songer aux risques sécuritaires et aux conflits potentiels qu’alimente cette parodie d’élection parmi les députés eux-mêmes et les ex-gouverneurs imposés d’en haut mais chassés plus tard à l’initiative de ressortissants de leurs propres territoires, sinon leurs propres terroirs (collectivités ou groupements). Ces députés sont exposés à des ennuis, notamment l’éventuelle vengeance de la part des personnalités politiques éjectées et leurs fanatiques (soutiens de partis, soutiens de clans ou parents, soutiens de réseaux mafieux impliqués dans le business, opérateurs économiques bénéficiant d’un régime de monopole, exemptions, exonérations…). Il convient d’y réfléchir profondément et d’agir en conséquence.  

Pourquoi donc reconnaître la légitimité des députés provinciaux uniquement dans le rôle devenu ambigu, celui de débarrasser la province d’un gouverneur devenu encombrant de par ses abus et, plutôt que de leur laisser la liberté de parachever leur travail, leur demander de légitimer un nouveau bourreau pour la population qu’ils représentent ? C’est une méthode qui rappelle l’une des pratiques de répression sous la colonisation, consistant à faire flageller à la chicote, des populations dites indigènes par leurs homologues indigènes. Telle situation créait ainsi une fausse culpabilisation des Noirs colonisés face à d’autres colonisés, alors qu’en réalité c’est l’intrusion des agents coloniaux, donneurs d’ordres, du reste illégitimes, qui était source d’amertume au sein des communautés. Si les acteurs politiques sont constamment instrumentalisés au point de provoquer une polarisation de groupes d’élites ou de territoires d’une même province, il est possible de déboucher sur des conflits ouverts à moyen ou long terme: d’un côté, les groupes ou territoires réputés légitimes par clientélisme pour exercer le pouvoir politique provincial à travers de fausses élections, et de l’autre, ceux étiquetés  illégitimes pourtant relevant tous d’une même famille politique (Majorité présidentielle).

Remarques finales

Il n’y a pas de doute que l’Etat congolais, dans sa configuration politique depuis Mobutu, correspond encore aujourd’hui au modèle néo-patrimonial. Celui-ci est caractérisé par des réseaux clientélistes, ce qui suppose des niveaux ou échelons divers distinguant les patrons de clients, du sommet à la base, dont l’unité d’objectifs est assurée par un groupe restreint d’hommes autour du détenteur exclusif du pouvoir politique (Le chef de l’Etat). Les échanges réciproques de soutiens et allégeance des clients, d’une part, et de distribution de postes et autres avantages matériels venant du sommet, de l’autre, ne doivent pas demeurer le privilège d’un groupe ou de quelques groupes prédéfinis comme incarnant la confiance du patron (président de la république) et des sous-patrons (les mentors du parti ou de la Majorité).

Quand tout le monde sait que l’accès au pouvoir politique ouvre le chemin vers l’acquisition du matériel (l’argent sous diverses formes, donc les avantages matériels formant le patrimoine), selon cette formule quelque peu cynique « Il faut gouverner pour posséder », ou tout au moins « gérer », il devient urgent de considérer les intérêts des uns et des autres dans le système néo-patrimonial. Les groupes qui sont constamment contournés au cours du recrutement politique, seraient donc condamnés à la pauvreté, si pas simplement à l’appauvrissement. Les ressources dont bénéficient ceux qui sont privilégiés comme de meilleurs clients, sont parfois logées sur le sol ou dans le sous-sol appartenant aux aires géographiques des élites exclues, ce qui est une source évidente de profondes frustrations et de conflits potentiels.

L’on doit en effet se rendre à l’évidence que, pour l’efficacité et la cohérence de ce système qui du reste n’a rien de démocratique, il est impératif de considérer le rôle de soupape de sûreté que joue l’équilibre dans l’agencement des structures verticales et l’intégration des élites dominantes en fonction de leurs sphères d’influence définies en termes d’aires géographiques. Il faudrait éviter que les élites qui ont choisi de servir au niveau provincial soient écrasées par les ambitions de celles qui avaient été cooptées par et pour les instances nationales. Pour revenir en province conquérir le pouvoir, les élites du niveau national devraient accepter de se réengager dans les processus électoraux sans la moindre prétention d’être des candidats vainqueurs avant la course. Autrement dit, ces candidats ne devraient en aucune façon être imposés au niveau provincial sans dévoiler à l’opinion le caractère fantaisiste et inéquitable des processus (parodie d’élections).

Dans ces conditions, il est simplement impensable, sinon naïf, de continuer à imposer systématiquement, donc sans consensus, au travers des mandats politiques et même au-delà, comme c’est le cas aujourd’hui au Maniema, des élites recrutées au niveau central (Kinshasa) en lieu et place de celles du niveau provincial qui pourtant sont réputées à la fois les plus compétentes pour élire librement qui elles veulent et les plus légitimes pour être élues comme gouverneur de province au sein de leur institution légale (Assemblée provinciale). Il est simplement inconcevable que le candidat gouverneur, dans un système de clientèles, vienne d’ailleurs (niveau central, une aire géographique définissant une clientèle à part) et que l’on continue à croire que les députés provinciaux relevant de la Majorité présidentielle, maintiendraient leur loyauté ou allégeance en tant que clients vis-à-vis de leur parti, leur alliance ou leur patron.

Pour consolider les allégeances dans un système de clientèles, il est fondamental que le recrutement politique reflète une certaine consistance par rapport à chaque niveau de légitimité et qui corresponde à un niveau spécifique de clientèles. La démocratie électorale peut contribuer à légitimer même un ordre autoritaire pourvu que son application soit effective partout où l’élection est requise comme mode de désignation des gestionnaires. Imposer un candidat de la Majorité, non accepté, quel qu’en soit le motif, peut surprendre par ses effets : non seulement le candidat de ladite Majorité peut être abandonné au profit d’un indépendant ou un opposant, mais surtout le sentiment de méfiance qui s’installe pourrait entraîner un désengagement total de certains membres vis-à-vis du camp dominant (Majorité) pour compenser leur frustration. En fait, c’est le régime qui en pâtirait au finish si une telle reconfiguration d’attitude au niveau de provinces devait se généraliser.

Enfin, pour ces députés provinciaux frustrés car floués, il est temps d’agir, non plus de subir ; leur avenir politique en dépend grandement. La liberté a un prix, comme d’ailleurs pour tout bien précieux. Il faut rompre le cliché problématique du « Maniema, le pays des mangeurs d’hommes », qui se reflète dans le mode de fonctionnement de cette province, malgré le contexte démocratique dans lequel le pays est inscrit. Des abus de gestionnaires rappelant des crimes économiques doivent cesser pour permettre la jouissance des avantages par tous dans la légalité et l’équité.

7 mars 2018

Professeur Fraternel D. Amuri

framuri23@hotmail.com

*Être en mesure de répondre à la question « A qui profitent les abus des gouverneurs imposés au Maniema ? », c’est être en mesure de voter demain en faveur de la population, victime de ses élites.

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